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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 14:22

Mise à jour : Une carte détaillée de la rivière.  

  Descente en solo de la rivière l'Aube en région Champagne Ardenne

 

 

 

00-Canoeing l'Aube

 

catégories I II
Parcours Bayel - Ortillon
Distance 80kms
Canoë Gonflable KKC335

 

 

 

 

 

panneau-cour-eau-riviere-l-aube

 

 

Comme toujours je prépare ma rando à l'avance, chose relativement aisée grâce à des sites comme rivière info pour ses cartes, Géoportail (et son génial onglet Hydrographie), vigiecrues pour les niveaux d'eau et l'incontournable Google Earth. Me voila donc bardé d'infos sur ... La Seine! Sauf qu'au dernier moment je décide de me rabattre sur l'Aube qui est quand même plus à l'écart des grandes routes. Me voici donc au petit matin, au pied du pont de Bayel avec comme seul info le fait que ce soit navigable jusqu'à Arcis, et bien sûr aucune carte... je pars à l'aventure!

 

Première journée

 

9h30 le canoë est gonflé à bloc et je pars dans la fraîcheur du petit matin. Le niveau de l'eau parait bas mais ce n'est qu'une illusion due à la transparence de l'eau. Je ne suis plus sur l'Armançon, ici l'eau est claire! Après les remous du départ dus aux deux premiers ponts, la rivière se calme et se transforme même en un interminable planiol qui, comme tout bon marin d'eau douce sait, annonce un barrage. Et là c'est la première déconvenue: rien n'est fait pour faciliter le passage des canoës et autre kayaks. Accostage sous les branches par la droite des vannes et portage obligé jusqu'en bas du barrage par le vieil escalier. Ici le plaisir commence... petite série de virages dans un courant des plus agréable, je croise mon pote le héron qui salue par son traditionnel "KRIEEEEK", un banc d'une dizaine de gros poissons accompagne le canoë sur une trentaine de mètres et les martin-pêcheurs passent d'une rive à l'autre en frôlant la surface de l'eau. Mais il faut rester vigilant car plusieurs arbres sont tombés dans l'eau. Certains obstruent même la totalité de la rivière et avec le courant la prudence est vitale. Petite pause clope après le passage des troncs. La limpidité de l'eau m'évoque la rivière la Loue, la tranquillité en plus: durant mes trois jours et demi de périple je ne croiserai que 2 canoës!!

 

Plus tard, rive gauche, je passe devant une maison cossue qui d'après Googloogloo serait le domaine de BEL ROI.La route se rapproche petit à petit et je sais, grâce aux repérages d'hier soir, que le pont de la D396 va bientôt apparaître et que le seul passage sans toucher le fond se fait par la gauche avant le premier pilier. Merveille du repérage: j'enchaîne les deux ou trois rapides sans perdre une minute. Dix minutes après le pont de chemin de fer je m'octroie une pause brunch bien méritée au déversoir de Fontaine sur une petite ile déserte au pied des cascades. Bananes, abricots secs et un reste de pain viennois au miel trempé dans un thé fumant, voilà qui devrait me permettre de tenir jusqu'au pique-nique de la mi-journée. Le soleil commence à taper dur, casquette, lunettes et ambre solaire sont de rigueur. Plus loin, une série de cabanes de jardin sur la rive gauche annonce l'entrée de Bar sur Aube. Il est midi trente quand j'arrive au niveau du centre-ville. Là je sors l'appareil photo et je mitraille, la vue d'une ville depuis la rivière et toujours un enchantement. Passage du premier déversoir sans grandes difficultés: il ne fait que 80 cm de haut mais n'est pas franchissable en bateau car le plan n'est pas incliné mais vertical et le niveau de l'eau est insuffisant. je laisse glisser le canoë le  long de la corde et j'enjambe l'obstacle. Sur la droite se trouve l' ancien moulin construit au milieu de l'eau et qui est maintenant reconverti en logement. Un sympathique riverain m'explique qu'après le pont c'était des tanneries. Je lui demande s'il ne souffre pas trop des inondations et il m'explique qu'avec le nombre de bras de rivière et de vannage le niveau de l'eau est facilement contrôlable. Après les tanneries se dresse au ras de l'eau une arrogante maison bourgeoise (probablement l'ancien propriétaire des tanneries) qui est en chantier. La terrasse étant à fleur d'eau, je m'approche doucement pour demander aux ouvriers qui est l'heureux proprio, mais les gars ne répondent pas! Et pour cause: ils sont tous Polonais... les propriétaires changent mais la mentalité reste! Face à cette maison se trouve un autre vannage, lui aussi infranchissable... mais ici aussi j'avais repéré la veille en arrivant, un couple de promeneurs m'avait expliqué comment se sortir de ce petit piège: sortir le bateau par la gauche des vannes, traverser le chemin, entrer par la petite porte à droite de la grille qui donne dans un parc public avec une berge accessible!! Dix minutes plus tard, en sueur, je suis à nouveau à bord.

La sortie de la ville se fait comme la sortie de toutes les villes: dans une eau sale, au milieu de petits tas de mousse flottante et dans les odeurs de station d'épuration, ambiance Kali Yuga.

Une heure plus tard la rivière à repris un aspect normal et je peux enfin faire une vraie pause sur un banc de galets où trône fièrement un tricycle rouillé. Repas copieux et petite sieste.

La fin d'après midi se déroule tranquillement jusqu'au barrage de Bossancourt, je décide de faire escale pour la nuit sur l'île en aval du déversoir mais les moustiques m'en dissuade. Quelques minutes plus tard j'accoste sur une petite plage plus tranquille pour y installer le bivouac. La tente est montée rapidement, le bois collecté sur la rive opposée est ramené précieusement à bout de bras et je m'offre même un petit bain de toilette au milieu de la rivière en me cramponnant à ma savonnette. Un petit feu pour prévenir de l'arrivée des moustiques et une bonne grosse gamelle pour s'endormir repu! Au loin les derniers tracteurs finissent les moissons.

 

 

les photos s'agrandissent en cliquant

 

l'Aube en canoë canoe techneekolor canoeing l'aube

kayak Aube Champagne

techneekolor

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canoe kayak 100_3830.JPG
    techneekolor canoeing  


 

 

 

 

Deuxième jour

Réveil en douceur, avec les premiers rayons de soleil, la fraîcheur matinale me rappelle que la journée va être chaude, très chaude. Petit dèj copieux, paquetage et embarquement se font intelligemment. Les automatismes du rangement logique et efficace sont pris depuis mes deux dernières virées sur la Cure. J'enchaîne une belle série de petits rapides suffisamment espacés les uns des autres pour vous laisser le temps de faire quelques photos et vous remettre en bonne place avant le prochain. Plus loin sur la rive gauche je passe le village de Jessains et m'attarde un instant sur une vieille scierie installée les pieds dans l'eau. Les rayons du soleil se reflètent sur la façade en bois et l'éclairent même par dessous. S'en suit un long planiol qui arrive  dans une magnifique roselière, véritable paradis pour oiseaux en tout genre. Et comme maintenant vous le savez tous, après le planiol vient le... BARRAGE (soyez attentifs!). Et là c'est vraiment le plus laid que je n'ai jamais vu, c'est bien simple: j'ai l'impression d'arriver en canoë au coeur d'une prison de béton. Je m'attends à ce qu'une sirène se déclenche car cela fait bien 5 minutes que j'ai dépassé un immense panneau m'interdisant totalement l'accès au site. Et là je déconne pas : faut pas le faire car c'est véritablement D A N G E R E U X. Les rives sont bétonnées sur 6 mètres de haut et particulièrement à pic, il est donc quasi impossible de ressortir de là!

Mais bon, quand vous êtes seul avec plus 60 kilos à porter c'est plutôt galère, alors je m'approche tout doucement du dernier endroit ou je peux essayer de ressortir, j'amarre tant bien que mal le canoë et je grimpe au sommet du pont pour voir de l'autre coté. Super, une pente inclinée, de plusieurs mètres de haut certes mais avec un gonflable ça devrait pouvoir passer. L'inconscient que je suis ré-embarque et se dirige tout doucement au sommet du barrage. J'ai repéré un tronc bloqué sur lequel je devrais pouvoir stopper le bateau au dernier moment au cas où. Grand bien m'en fasse! Du sommet la vue est totalement différente: le plan ne paraît plus incliné mais réellement vertical et j'ai vraiment l'impression d'être à plus de six mètres de haut. Le petit Milou, celui qui a la tenue d'ange, me dit tout de suite de rebrousser chemin et curieusement l'autre petit Milou, celui qui est tout rouge, et bien il ne la ramène pas! Retour, re-ammarage et re-'grimpage' en direction des bureaux pour demander par ou je peux passer. Le gars hallucine complet quand il découvre où j'ai laissé mon canoë! "C'est interdit!" mais il admet vite que tout seul pour porter tout ça, et avec la chaleur qu'il fait... Cinq minutes plus tard, une voiture arrive avec 2 de ses collègues, ils m'aideront tous à transporter le bateau jusqu'à un endroit sûr en aval. J'en profite pour glaner quelques infos sur les difficultés à venir et apparemment elles sont légions.

A trois coups de rames plus loin, je m'arrête pour un bon bain et un en-cas. Rafraichis, j'embarque pour une série de petits rapides qui me conduisent jusqu'à une plage ombragée où j'aperçois deux canoës biens rangés et un couple installé à l'ombre, ils arrivent du village en aval et semble dubitatif quand je leur dit que j'arrive de Bayel. L'Aube est vraiment très peu fréquentée visiblement, tant mieux, je ne vais pas m'en plaindre: c'est précisément ce que je cherche en venant ici. Le village suivant se nomme Juvanzé, et c'est celui ou m'attend le prochain obstacle: un barrage Hydroélectrique bien infranchissable. J'opte pour la descente de canoë à la corde, marre du portage! Le gonflable descend sans difficultés, le problème c'est le bonhomme: le barrage fait bien trois mètres de haut et comme toujours, c'est une patinoire. Je trouve finalement une infractuosité pour un pied et je me laisse glisser : ça fait un peu mal... mais bon, je suis en bas et je n'ai pas porté ! J'en profite pour m'approcher des tubes en sortie de turbine qui produisent de jolies petites bulles, ambiance jacuzzi. Le propriétaire apparaît sur la passerelle et j'apprends que l'électricité alimentait jadis l'usine mais que maintenant ça ne suffit guère qu'à alimenter la maison. Je lui parle de mon pote qui produit aussi son électricité, il me demande où et ne semble pas connaître l'Armançon. On se salue et je reprends la rivière. Peu avant 14h je suis devant deux impressionnants pieds d'un pont dont le tablier a disparu !! ambiance seigneur des anneaux, serait-ce une porte conduisant dans un univers parallèle, sans barrages, sans pollution... j'en doute, mais c'est un bel endroit pour casser la croûte et prendre un bain dans le courant. L'après lunch est moins sportif et la nature est impressionnante: les berges sont à la verticale surmontées de grands arbres accentuant l'impression de hauteur. Dienville, son gros barrage et son usine de merde qui se permet de dégazer dans la rivière juste en amont des campings et des plages un jour de canicule!!! Vive le capitalisme. Je fulmine et m'empresse de descendre prévenir les familles que de jolies nappes de gasoil multicolores arrivent sur leur progéniture. Un gars me dit qu'il m'a vu passer hier à Bossancourt, c'est sûr, quand il n'y a aucun autre bateau, on te repère plus facilement. Une heure plus tard je glisse en canoë sur le déversoir de Brienne-la-Vieille, mais pourquoi ils ne sont pas tous comme celui ci? Bivouac non loin de là sur une plage abandonnée, ohé ohé...

 

 

 

 

 

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A l'Aube du troisième jour

 

Réveil difficile, la fatigue des deux premiers jours sous un soleil de plomb commence à se faire sentir. De plus le niveau de l'eau baisse à vue d'oeil et le débit s'est considérablement ralenti, ça joue sur mon moral, ajoutez à cela quelques douleurs au ventre et votre volonté sera sérieusement entamée. Après 20 minutes de rivière je passe devant le village de Mathaux, un chemin en pente douce part en direction des premières maisons et je décide de m'arreter ici, j'en ai marre. Je pars donc à la recherche du bon Samaritain qui va pouvoir garder mon canoë et le matériel pendant que je retourne chercher mon véhicule en stop. Mais il se passe quelque chose de curieux, une fois dans le hameau, alors que j'ai repéré une maison ouverte et entendu parler au loin, je fais demi tour et redescends vers les berges. La rivière semble me dire: "Reviens, la ballade n'est pas terminé, il y a encore beaucoup à voir".

Ok, je stopperai dans le prochain village! Et là, un miracle se produit! Au virage suivant j'aperçois une paroi que je reconnais de suite, c'est un mur de soutien sur une berge canalisée, la rive gauche s'ouvre et je vois une arrivée d'eau: c'est le canal de restitution des lacs Amance et Temple. L'eau kidnappée hier par le barrage des réservoirs est restituée ici, et syndrome de Stockholm oblige, j'en remercierais presque les ravisseurs! Le niveau de l'eau remonte d'un bon mètre et le débit en est triplé. Et là la magie opère: finis la fatigue, le moral en berne, la douleur au ventre... Je me sens ragaillardi comme jamais. Cerise sur le gâteau, tu files trois fois plus vite qu'avant. Les kilomètres défilent jusqu'en début d'après midi, à Précy St Martin je rencontre un dernier (mais je ne le sais pas encore) barrage hydroélectrique, une bonne galère de plus: impossible de descendre par le barrage, portage et contournement en rive gauche. Au passage j'assiste à l'enclenchement automatique de l'ascenseur à poissons, toute cette technologie alors qu'il eu suffit d'un petit bras de dérivation qui aurait comblé les pagayeurs et les poissons!
Depuis que le niveau de l'eau est haut, les belles plages ont quasiment disparues, alors quand je trouve enfin la plage de mes rêves, il a beau n'être que 16h, je m'arrête de suite pour installer le campement. C'est une plage en arc de cercle d'une cinquantaine de mètres avec un gros buisson en son centre et du sable pas trop gros! Ensoleillement parfait, accès facile pour entrer dans l'eau (mais gare au courant), c'est de loin le meilleur spot de ces derniers jours. Nettoyage du bateau, montage de tente et collecte de bois se font tranquillement au soleil. Par contre il est impossible de pénétrer dans les sous bois: c'est pire que le Teraï et le Guatemala réunis au niveau des moustiques!!! Bonne nuit réparatrice.

 

 

100_3930.JPG 100_3919.JPG 23- l'Aube remonte, les plages ont disparues
24-alors quand je trouve enfin la plage de mes rêves... 25-camp 3 ortillon

 

 

  Dernier jour

 

Réveil au son des gouttes de pluie, galère pour remballer me dis-je, mais il n'est que 6h00, j'en profite pour me rendormir. Une heure plus tard la pluie a cessé et le niveau de la rivière a pris quelque centimètres de plus. De toute façon je termine la rando ce matin, dès que je trouve un village accessible facilement depuis les berges. Et puis au premier village j'estime qu'il n'est pas assez bien, alors je continue. Mais de village pas bien en village pas bien je me retrouve vers midi dans une zone sans aucunes construction, tellement perdu au milieu de nulle part que je tombe nez à nez avec un renard qui ne m'a pas entendu venir. Il boit sur les berges au milieu des haute herbes inondées, me regarde un instant et finit par disparaître dans les buissons. Vers 14h j'aperçois enfin un clocher d'église et un micro-emplacement pour débarquer, je traverse un jardin et vais frapper à la première porte. Un papy sympa écoute ma requête et accepte de garder mon matériel le temps de chercher ma voiture, on parle un peu de la rivière et des moustiques, il m'apprend que je suis à Ortillon, quelques kilomètres avant Arcis sur Aube. Je pensais avoir fait une cinquantaine de kilomètres mais c'est en fait une rando de 82km que je viens de terminer.

Auto-stop très difficile, et pour cause: il y a un centre pénitencier en amont de Bayel et tout le monde doit penser que je m'en suis échappé... TF1 entretient tellement bien la peur dans nos campagnes!

Trois heures plus tard je suis de retour à Ortillon en voiture, le boat est dégonflé, plié, rangé et je rêve d'une bonne douche chaude.

Au moment de prendre la route, j'ouvre l'atlas routier et je tombe sur la page de la Loire. Tiens, il n'y a pas de barrage là-bas...

 

 

 

 

carte-Aube.jpgCliquer pour agrandir

 

Voir l'album photo 

 

le site aube.canoekayak propose des topos-rivières sur l'Aube et la Seine qui datent un peu mais sont très précis.

 

 

 

Voir aussi les récits et vidéos canoë sur : 

seine la Loue02 

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 pour blog  Baie-Somme-google  

 

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La baie de Somme(Picardie+ virée Nord/Pas de Calais): Canoeing avec les phoques

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